Committee Minutes (Official French) *
The text below was hand-typed from a pdf-scan of the Gordon testimony extracted from the original English Railway Committee Minutes. The scan was provided by the National Library and Archives in Ottawa. Download a free copy of that scan. Dans la transcription ci-dessous, des emphases ont été ajoutées pour des fins de la recherche.
La version française officielle du procès-verbal
de ce que Donald Gordon a réellement dit en anglais.
___________________

Comité sessionnel des Chemins de fer, des Lignes Aériennes et de la Marine marchande (Procès-verbaux et témoignages) (1962)
Download a scan of the Official French Minutes
CHAMBRE DES COMMUNES
Première session de la vingt-cinquième législature
1962
1962
___________________
COMITÉ SESSIONNEL
DES
CHEMINS DE FER, DES LIGNES
AÉRIENNES ET DE LA MARINE
MARCHANDE
que l’État possède et régit
Président: L’honorable W. EARL ROWE
___________________
PROCÈS-VERBAUX ET TÉMOIGNAGES
Fascicule 1
___________________
SÉANCES DU 19 NOVEMBRE 1962 ET DU
20 NOVEMBRE 1962
___________________
Rapport annuel de 1961 des Chemins de fer nationaux du Canada
___________________
TÉMOINS:
L’honorable Léon Balcer, ministre des Transports. De la Compagnie des
Chemins de fer Nationaux du Canada: M. Donald Gordon, président du
réseau et du conseil d’administration; M. R. T. Vaughan, secrétaire; M.
J. L. Toole, vice-président, Comptabilité et finances; M. J. W. Demcoe,
vice-président, Transport et entretien.
ROGER DUHAMEL, M.S.R.C.
IMPRIMEUR DE LA REINE ET CONTRÔLEUR DE LA PAPETERIE
OTTAWA, 1962
28042-0—1
![]() Gilles Grégoire |
![]() Donald Gordon |
![]() Lionel Chevrier |
![]() Guy Rouleau |
61
RAILWAYS, AIR LINES AND SHIPPING
MR. GREGOIRE: C’est celui-là.
M. FISHER: Eh bien, si c’est celui-là, ce syndicat est loin d’avoir 50,000 membres.
M. GORDON: C’est vrai.
M. FISHER: Le nombre de membres serait-il aux environs de 5,000 ou de 7,000?
M. GORDON: Il serait de cet ordre: disons, entre 7,000 et 10,000.
M. FISHER: Alors, si vous recevez autant de lettres, il y a une erreur quelque part.
M. GRÉGOIRE: Je suis en mesure de vous montrer toutes ces lettres et je
suis certain que vous seriez surpris: elles demandent toutes que, lors des
prochaines négociations, les intéressés aient la possibilité de former leur propre
syndicat canadien.
Si vous le voulez, monsieur Gordon, je vous enverrai de la documentation
et des renseignements détaillés à ce propos.
M. GORDON: Cela ne m’intéresse pas. Dites à vos correspondants que, s’ils
veulent changer de syndicat, la façon appropriée est de recourir à la procédure
établie au sujet de ces questions. S’ils peuvent trouver assez de personnes in-
téressées, ils peuvent alors demander l’accréditation de leur syndicat, mais pas
à la direction; nous n’avons rien à faire à ce sujet. On emploie le même procédé
que lorsqu’on veut changer de gouvernement: on va voter.
M. FISHER: Si vous le voulez, je peux leur dire de se mettre en communica-
tion avec M. Bernard Wilson, secrétaire du Conseil canadien des relations
ouvrières, au ministère de M. Starr; il peut vous conseiller à ce sujet.
M. RIDEOUT: Pour revenir au propos initial sur les taux de transport
maritime …
|
M. GRÉGOIRE: J’ai une autre question à signaler. C’est au sujet de la |
M. GORDON: Comment le savez-vous?
M. GRÉGOIRE: Alors, de quel groupe ethnique sont-ils?
62
COMITÉ SESSIONNEL
M. GORDON: Je vais vous demander ce qu’est un Canadian français.
M. GRÉGOIRE: Pouvez-vous me nommer ceux qui le sont?
M. GORDON: Je ne sais pas comment définir un Canadian français.&n bsp; Mais je
vous dirai ceci: ils sont tous canadiens sans aucune exception.
M. GRÉGOIRE: Je ne vois pas des noms de Canadiens de langue francaise.
M. GORDON: Il y a des Canadiens de langue francaise dans le conseil d’administration.
M. FOY: M. J.-Louis Lévesque fait partie du conseil d’administration.
M. GORDON: Il y en a plusieurs qui peuvent parler français, si c’est ce que vous voulez savoir.
M. GRÉGOIRE: Nous ne voulons pas vous imposer une tâche impossible et
que tous les membres du conseil d’administration soient des Canadiens de langue
française, mais nous croyons avoir droit d’exiger qu’il y ait des Canadiens de
langue française dans la liste des officiers.
M. GORDON: Permettez-moi de vous dire très clairement que l’attitude des
chemins de fer Nationaux à l’égard de l’avancement a toujours été le principe
de l’avancement au mérite. Celui qui en raison de son expérience, de son savoir,
de son jugement, de son instruction ou de tout autre motif, est considéré par
la direction comme le sujet le plus apte à remplir un poste sera nommé à ce
poste; nous ne nous occupons pas de savoir s’il est noir, blanc, rouge ou français. Même les Écossais reçoivent de l’avancement au National-Canadien. Nous ne posons jamais de questions de ce genre à l’égard de l’avancement ou de l’emploi,
et je pense que, si nous le faisons, nous suivrions une pratique contraire à la
loi sur les justes méthodes d’emploi, laquelle, juridiquement, nous dit que nous
ne devons pas faire de distinctions injustes en raison de la race, de l’origine
nationale, de la couleur, de la religion ou de l’âge.
M. GRÉGOIRE: Monsieur Gordon, vous ne voulez peut-être pas prendre la
langue en considération, mais si on accordait quelque considération à ce sujet,
nous ne verrions peut-être pas la situation qui existe actuellement dans le
Québec et dont nous sommes témoins à l’occasion, à savoir que, sur les lignes
reliant Montréal et Chicoutimi ou Montréal et Québec, les personnes qui
voyagent à bord du train ne peuvent comprendre ce que disent les employés
du chemin de fer.
J’aimerais à vous poser une autre question. Vous a-t-il été impossible de trouver des Canadiens de langue française qualifiées, que vous auriez désignés comme membres du Conseil d’administration, de ce conseil d’administration qui figure en première page du rapport annuel?
M. GORDON: Votre affirmation n’est pas exacte.
LE PRÉSIDENT: M. Guy Charbonneau et M. J.-Louis Lévesque figurent dans la liste du conseil d’administration.
M. GRÉGOIRE: Oui, mais le conseil d’administration, en français, serait la “direction” ou l’autorité en matière de “sélection”.
M. GORDON: Je répète qu’au National-Canadien, en pratique, nous n’es-
sayons pas de répartir les Canadiens en diverses catégories. Nos chances
d’emploi soit ouvertes à tous les Canadiens et notre attitude à l’endroit de
l’avancement se fonde sur le principe que l’avancement est accordé sans égard
à la race, à l’origine nationale, à la couleur, à la religion ou à l’âge, et j’ai cité
à ce propos la Loi sur les justes méthodes d’emploi. Cette exigence est
formulée dans une loi de notre pays et nous l’appliquons.
M. GRÉGOIRE: Découle-t-il de ce que vous avez dit qu’il n’y a pas de
Canadiens de langue française qualifiés pour occuper ces postes ou qu’il n’y a
pas de Canadiens de langue française qui aient postulé ces emplois?
63
CHEMINS DE FER, LIGNES AÉRIENNES ET MARINE MARCHANDE
M. GORDON: Nous avons de hauts fonctionnaires et des employés qui sont
capable de parler français dans tous les postes où la chose est nécessaire pour
servir le public. Je pense que notre dossier à cet égard est meilleur que celui
de la plupart des établissements du pays.
Au sujet des promotions dans le groupe dont vous avez parlé, il y a des
hommes qui parlent français. Vous ne pouvez pas juger par le nom si un
homme parle français ou non. Je connais plusieurs noms de Canadiens de
langue française qui ne me semblent pas être du tout des noms français.
M. FISHER: Un bon exemple est le nom de “O’Hurley”.
M. GORDON: Il se peut que le nom de “Fisher” soit le nom d’une personne
de langue française.
LE PRÉSIDENT: Meme le ministre sait parler français.
M. GRÉGOIRE: Pourriez-vous nous donner de plus amples renseignements
au sujet de ces personnes dont les noms figurent sur la liste du conseil
d’administratioon et qui sont bilingues?
M. GORDON: Bilingues à quel point de vue?
M. CHEVRIER: Monsieur le président, en regardant cette page, je suis
pleinement d’accord avec ce que M. Grégoire a dit. Avec tout le respect que
je dois au président du National-Canadien, et je le connais depuis longtemps,
je dirai qu’il n’a pas le moindre préjugé. Cela étant dit, je crois qu’il est
inadmissible, en présentant au Parlement du Canada un rapport annual ren-
fermnat cette liste de noms, de déclarer qu’il a été impossible de TROUVER un
SEUL INDIVIDU QUALIFIE DANS LA PROVINCE DE QUEBEC. Cette situation est incompré-
hensible. C’est bien beau de dire qu’il n’y a pas de pratiques injustes et le
reste, et le reste [sic], mais un organisme comme le National-Canadian devrait
être en mesure de trouver des personnes de langue française capables de
remplir ces postes. Vous n’avez pas eu de difficulté à ce sujet à l’égard du
conseil d’administration, dont l’un des membres est M. J.-Louis Lévesque, l’un
des hommes d’affaires canadiens-français les plus remarquables au Canada.
Vous n’avez apparemment pas eu de difficulté à le nommer membre du conseil
d’administration, et je ne puis assez louer la direction d’avoir fait cette
nomination, mais des nominations semblables sont certainement possibles dans
d’autres domaines.
M. GORDON: Monsieur Chevrier, puis-je vous dire une chose? Les hommes
qui figurent sur la liste en question sont tous arrivés à ces postes dans la
direction du chemin de fer en raison de 20 ou de 30 ans d’expérience. La
formation de ces hommes peut être le résultat d’une ligne de conduite qui
date de 20 ou 30 ans, mais non d’une ligne de conduite dont je suis responsable
aujourd’hui. Au National-Canadien, nous avons fait plus pour la cause de la
langue française que tout autre organisme au Canada.
M. CHEVRIER: Vous ne pourrez me faire croire que, dans un organisme
tel que le National-Canadien, il n’y a pas d’hommes de langue française de la
valeur et du niveau de ceux qui sont énumerés en page DEUX du rapport
annuel et qui ne puissent pas remplir ces postes. Je ne veux pas être partial
ou injuste, mais ça me semble une erreur, pour un organisme comme le
National-Canadien, de dire qu’il n’y a pas de Canadiens de langue française
du même calibre. Je ne crois pas une telle assertion.
M. GORDON: Monsieur Chevrier, permettez-moi de vous dire que ce que
vous demandez, c’est vraiment du favoritisme.
M. CHEVRIER: Je ne demande pas du tout de favoritisme.
M. GORDON: Oui, c’est ce que vous demandez.
M. CHEVRIER: Je pourrais, je crois vous donner des noms qui entrent dans
cette catégorie, monsieur Gordon; mais je ne le ferai pas publiquement.
64
COMITE SESSIONNEL
M. GORDON: Je serais heureux de les connaître, je vous l’assure.
M. CHEVRIER: Un moment seulement, je vous donnerai ces noms plus tard,
des noms de personnes qui, à mon avis et de l’avis de bien des gens dans la
province de Québec, auraient du obtenir de l’avancement à cause de leur savoir
et à cause de leur expérience au National-Canadien, mais qui n’ont pas été
promus.
M. GORDON: Je puis vous assurer, et je veux que cette déclaration soit bien
claire, à l’égard de ces promotions et particulièrement pendant notre récente
réorganisation, aucune des nominations n’a été faite avant que nous ne nous
fussions assurés, en recourant à tous les moyens d’investigation imaginables,
que l’homme qui obtenait le poste était le plus compétent. Il n’y a pas eu de dis-
tinction injuste à cet égard. Le fait que vous ne reconnaissiez pas de noms de
Canadiens d’expression française dans ce groupe n’a rien à faire avec le choix.
Je nie énergiquement, au nom de la direction, qu’il y ait eu distinction injuste à
ce propos et je vous dis que nous avons une ligne de conduite qui fait entière-
ment abstraction du favoritisme et que nous avons choisi des hommes qui
étaient compétents.
M. CHEVRIER: J’accepte votre dénégation, mais je dois dire que j’entends la
même explication depuis neuf ans, celle que vous donnez aujourd’hui devant
ce comité et celle qu’ont donnée vos prédécesseurs et d’autres personnes. Toute-
fois, je répète ce que j’ai dit plus tôt, en ce qui vous concerne personnellement,
il n’y a pas le moindre préjugé en cause. Je sais que cela est vrai, mais il y a
quelque chose qui ne va pas quelque part. Je demanderai simplement à ceux
d’entre vous qui dirigent le chemin de fer et que cela concerne, de donner à la
question une considération un peu plus sérieuse.
M. GORDON: Nous ne pouvons y donner une considération plus sérieuse que
celle que nous y avons accordée.
M. CHEVRIER: Alors, vous ne ferez rien à ce sujet?
M. GORDON: Je puis vous donner quelques-unes des raisons des difficultés
que vous mentionnez. Je pourrais vous donner tous les détails, mais je vous
demande de vouloir bien prendre ma parole à ce sujet. Des Canadiens de langue
française qui auraient pu remplir certains postes ont refusé d’accepter de
l’avancement, parce qu’ils ne voulaiemt pas quitter la province de Québec ou
parce qu’ils ne voulaient pas quitter la ville de Québec ou la ville de Montréal,
selon le cas. Si nous entreprenons de former nos hauts fonctionnaires pour les
rendre aptes à remplir certaines fonctions, ils doivent consentir à aller n’importe
où au Canada au cours de leur formation. Mais ce programme rencontre des
obstacles.
Je pourrais vous raconter en détail l’histoire d’un Canadien de langue
française, un monsieur que vous connaissez tres bien, que j’étais sur le point de
nommer vice-président, mais qui s’est dirigé vers ce qu’il croyait un meilleur
emploi dans la province de Québec.
Une autre difficulté, c’est que les Canadiens de langue française qui sont
qualifiés sont fort en demande aujourd’hui et à des conditions exceptionnelle-
ment avantageuses.
M. CHEVRIER: Je serai heureux de discuter ce cas particulier avec vous
quand vous le désirerez.
M. GORDON: Je pourrais vous donner le nom de cet homme.
M. CHEVRIER: Je connais le nom de la personne et les circonstances qui
entourent ce cas me sont très familières, mais elles ne sont pas aussi claires que
vous l’avez dit.
65
CHEMINS DE FER, LIGNES AÉRIENNES ET MARINE MARCHANDE
M. GORDON: Je pourrais même m’aventurer à dire, que, dans dix ans, vous
constaterez que certains des hommes que nous avons employés depuis deux ou
trois ans occuperont certains postes dont vous parlez. Nous avons recruté un
grand nombre de Canadiens de langue française dans les universités, par
exemple, pour tâcher de résoudre ce problème. Nous avons employé beaucoup
de sujets de cette catégorie, et cette ligne de conduite réussit tres bien. Il faudra
quelque temps avant que nous voyions les résultats de cette ligne de conduite,
mais je suis sur que dans quelques années vous verrez un changement. C’est
pourquoi, lorsque vous me demander de considérer sérieusement la question
je dois vous dire et j’espère que vous accepterez ma parole, — que la question à
été très sérieusement prise en considération.
M. PUGH: Monsieur Gordon, en répondant à certaines questions, vous dites
“nous …”. J’aimerais à [sic] savoir si vous entendez par la le [sic] conseil d’administration?
M. GORDON: J’ai parlé de la direction du National-Canadien, qui comprend,
en effet, le conseil d’administration.
M. PUGH: Au sujet de la question que nous discutons en ce moment, je
constate que vous avez nommé au conseil d’administration M. Lévesque et
M. Charbonneau.
M. BALCER: M. Ayers est aussi de langue française.
M. GORDON: Une quantité de ces promotions sont faites sur la recom-
mandation personnelle. Elles me sont proposées par les hauts fonctionnaires
régionaux et j’en suis saisi à titre d’agent exécutif en chef du chemin de fer.
Je présente les cas du conseil d’administration, dont les membres endendent
tout ce qui doit être dit à cet égard.
M. PUGH: Relativement à toutes les désignations à un rang supérieur?
M. GORDON: Oui.
M. ROULEAU: Vous voulez dire que, selon vous, il n’y a pas de Canadiens
de langue française possédant les qualités et les aptitudes appropriées pour
devenir de hauts fonctionnaires de la société?
Vous n’avez pas été capable de TROUVER dans LA PROVINCE DE
QUEBEC des Canadiens de langue française qui,
d’après vous, auraient qualité pour être nommés haut fonctionnaires dans un
pays tel que le nôtre?
M. GRÉGOIRE: Comment pouvez-vous expliquer cela? Quand nous avons un ministre de Transports qui est un Canadien de langue française, vous ne pouvez pas trouver d’autres Canadiens de langue française ayant assez de mérite pour être membres de la direction des chemins de fer Nationaux?
M. GORDON: Vous déformez tous deux ce que j’ai dit. Je dis que nous ne
faisons pas de favoritisme en ce qui concerne les promotions que nous accordons.
Bien entendu, nous avons un certain nombre de fonctionnaires supérieurs, le
directeur général de la région du Saint-Laurent, par exemple, que vous pourriez
appeler un Canadian-français; et, en ce qui concerne le choix des candidats pour
remplir les postes vacants, cet homme qu’on a nommé, par exemple, pour son
habileté, ses aptitudes et son expérience, qualités sur lesquelles on se fonde pour
former un jugement, avait la priorité sur les autres pour obtenir ce poste. Nous
avons pris en considération tous les employés du chemin de fer qui en avaient
le droit et nous avons finalement arrêté notre choix.
|
Toutefois, nous n’avons |
29042-0–5
66
COMITE SESSIONNEL
M. GRÉGOIRE: Mais pas en nombre suffisant pour en trouver un ou deux ou six pour leur confier un poste de directeur?
M. GORDON: Laissez-moi vous dire — peut-être vais-je parler imprudem-
ment, cela m’arrive quelquefois, laissez-moi vous dire que, pour ma part et
tant que je serai président du national-Canadien, aucune promotion ou aucune
nomination ne se fera simplement parce que le candidat est un Canadian-
français. Il ne lui suffit pas d’être canadien-français, il doit se révéler aussi
compétent que l’autre personne qui a aussi droit à postuler ce poste. On aura
toujours recours à des dispositions justes au National-Canadien tant que j’y
serai. Ce que vous demandez, c’est de la discrimination.
M. GRÉGOIRE: Voulez-vous insinuer qu’il n’y a pas de Canadiens-français
dans la province de Québec aussi compétents que les directeurs que vous avez
nommés?
M. GORDON: Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Quand un poste devient
vacant, si un des employés venait à mourir demain, par exemple Dieu l’en
préserve, la direction cherchera un remplaçant et choisira la personne qui
possède les qualités requises, l’expérience, l’instruction ou quelque autre apti-
tude. Si cet homme est ce que vous appelez un Canadien-français, il obtiendra
le poste.
M. GRÉGOIRE: Mais vous n’avez pas pu trouver qui que ce soit au cours des
dernières années.
M. GORDON: A l’époque de ces nominations, je le répète le plus compétent
a été choisi.
M. ROULEAU: Ne serait-il pas possible de faire un effort spécial en vue de
trouver un Canadien de langue française compétent pour le poste?
M. GORDON: Vous me demandez d’appliquez un traitement de faveur.
M. ROULEAU: Ce n’est que juste.
M. GRÉGOIRE: M. Gordon, à votre avis, ils étaient moins compétents pour
l’emploi, n’est-ce pas?
M. GORDON: L’homme choisi pour l’emploi était la personne la plus compé-
tente disponible à ce moment.
M. GRÉGOIRE: Selon votre opinion?
M. GORDON: Selon mon opinion, celle de mes conseillers, celle de ses com-
pagnons de travail et de ceux qui ont écrit les recommandations. Je ne suis pas
le seul à avoir voix au chapitre. Je recois probablement dix ou douze appré-
ciations différentes avant de faire une nomination de ce genre. Nous avons des
dossiers sur le personnel ou sont inscrites les bonnes notes de l’employé. Toutes
ces choses sont étudiées au cours des années pour déterminer la place de chaque
homme.
M. GRÉGOIRE: Vous êtes-vous servi de ce raisonnement pour trouver ces
personnes plus compétentes que n’importe quel Canadien de langue française
pour nommer l’hôtel du C.-N. comme vous l’avez fait malgré les protestations
des gens de Montréal?
M. FISHER: A mon avis, ces questions ne sont pas pertinentes. M. Gordon
pourrait-il nous dire quels sont à l’heure actuelle les facteurs inhibitifs qui
semblent tenir à l’écart les personnes que nous pourrions appeler des Canadiens
français? Je ne pourrais définir exactement cette catégorie de personnes.
M. Gordon a mentionné le passé, mais j’aimerais connaître les faits. Est-ce parce
que le National-Canadien fait toutes ses affaires en anglais?
M. GORDON: Je ne le crois pas. Toutes nos affaires ne se font pas en anglais.
Nos règles sur le fonctionnement des trains sont écrites en anglais pour la simple
raison qu’on ne peut se servir que d’une langue lorsqu’ils s’agit de ce genre de
67
CHEMINS DE FER, LIGNES AÉRIENNES ET MARINE MARCHANDE
règles, comme c’est le cas dans l’armée. Si vous émettez des ordres, vous devez
vous servir d’une seule langue pour que tous donnent le même sens à vos
paroles. Autrement on aurait beaucoup de difficulté à régler la question de
l’interprétation. Il n’y a pas de doute là-dessus. Mais, si c’est une déclaration
générale que vous me demandez, je dirai que le National-Canadien ou les
chemins de fer Nationaux du Canada, ne semblent pas être un domaine de travail
capable d’attirer les hommes les plus intelligents du Canada français, et nous
n’avons pas obtenu ces hommes. Au cours des dix dernières années, nous nous
sommes résolument mis à cette tâche. Je j’ai commencée moi-même et je peux
m’en attribuer le mérite, bien que je sois sûr qu’on me refusera cet honneur;
nous avons commencé à etudier sur-le-champ les moyens d’améliorer notre
personnel et d’obtenir des Canadiens français possédant de l’habileté et une
bonne instruction. Comme résultat de ces mesures, par exemple, en 1961,
M. Vaughan vient de me le rappeler, des 42 diplômés d’université que nous
avons embauchés dans tout le Canada, 11 de ces diplômés venaient de l’Uni-
versité Laval ou de l’Université de Montréal. Il s’agit de 25 p. 100. Nous sommes
allés chercher ces hommes. Avec le temps, ces hommes nous ameneront d’autres
personnes du Canada français, si nous ne les perdons pas. D’après mon expé-
rience, et c’est a M. Chevrier en particulier que je m’adresse, j’ai constaté que,
lorsque nous avons trouvé un Canadien français, que nous l’avons formé et
qu’il commence à monter et à être connu, nous le perdons.
M. FISHER: Que pensez-vous du projet de prendre des Canadiens français
qui auraient déjà de l’expérience et de les accepter dans votre organisation au
niveau de la direction?
M. GORDON: Nous le ferions, si c’était nécessaire; mais je ne crois pas qu’il
soit juste de nuire aux employés actuels du National-Canadien qui ont choisi
ce travail pour toute leur vie en acceptant des hommes à des grades supérieurs
lorsque ce n’est pas nécessaire. Nous l’avons déjà fait cependant.
M. CHEVRIER: Vous l’avez fait une ou deux fois.
M. FISHER: En raison de circonstances spéciales, chaque fois que ces circon-
stances spéciales se reproduiront elles seront prises an considération d’une
façon spéciale.
M. GRÉGOIRE: Quelle a été votre expérience au service de National-
Canadien avant d’être nommé président?
M. GORDON: Je n’avais jamais travaillé pour le National-Canadien.
M. GRÉGOIRE: Votre arrivée au National-Canadien a-t-elle causé du tort
aux personnes qui y travaillaient déjà?
M. GORDON: Ce sont les personnes qui m’ont nommé qui devraient répondre
à cette question.
M. GRÉGOIRE: Vous avez dit quelques mots au sujet des règles du National-
Canadien qui sont en anglais pour éviter tout malentendu. Voulez-vous dire
que les lois du Gouvernement du Canada, qui sont dans les deux langues peuvent
provoquer des malentendus entre les citoyens canadiens et les juges?
M. GORDON: Je ne peux rien dire à ce sujet. J’ai assiste à trop peu de
procès. Mais il me semble que les lois du Canada prètent passablement à con-
fusion. Lorsque vous donnez un ordre à un homme, qu’il soit dans l’armée ou
qu’il travaille pour une compagnie de chemin de fer, cet ordre doit être précis
et n’avoir qu’un seul sens. Nous savons tous qu’on n’a pas le temps de traduire
dans les cas d’urgence.
M. GRÉGOIRE: Pensez-vous que la traduction des règles de la Compagnie de
chemin de fer Canadien national pourrait comporter des dangers?
M. GORDON: Oui, certainement.
28042-0-5-1/2
68
COMITE SESSIONNEL
M. GRÉGOIRE: Pensez-vous que ce serait plus dangereux que de traduire
les lois du Gouvernement du Canada?
M. GORDON: Oui, certainement, et c’est assez évident, car il y a des dif-
férences dans la traduction. Vous me demander mon opinion et vous me donnez
la vôtre.
M. FISHER: J’aimerais qu’on laisse M. Gordon répondre à la question.
M. GORDON: Laissez-moi vous illustrer cela en vous racontant une petite
histoire qui date des débuts de ma propre expérience en fait de bilinguisme.
Avant d’entrer au service de la compagnie de chemin de fer, j’étais à la Banque
du Canada, nous avions jugé nécessaire de démolir une vieille bâtisse afin de
construire la Banque du Canada. Dans mon innocence, j’avais adjugé le contrat
au plus bas soumissionnaire, qui était un entrepreneur de langue française
nommé Lajeunesse. J’ignore s’il vit encore. Mais je sais qu’il y a eu beaucoup
de protestations dans la ville d’Ottawa. Pourquoi, disait-on, avions-nous
accordé le contrat à un entrepreneur de langue française quand il y en avait
tant de langue anglaise ici?
J’ai appelé l’entrepreneur et je lui ai demandé: “Il vous serait sûrement
possible d’employer quelques hommes qui seraient des Canadiens de langue
anglaise? Pourquoi devez-vous n’employer que des Canadiens de langue
française et la plupart de Hull, pour faire cet ouvrage?”
L’entrepreneur m’a répondu: “La question n’est pas là. Cet édifice a 5 ou 6
étages et il y a une grosse poutre d’acier là-haut. Disons que deux employés se
trouvent sur cette poutre, qui serait sur le point de tomber. Le contremaître
leur crie “jump!” Il n’a vraiment pas de temps pour traduire.” C’est la même
chose pour la compagnie de chemin de fer.
M. GRÉGOIRE: Devez-vous sauter souvent de vos trains?
LE PRÉSIDENT: Il pourrait avoir à le faire. Je m’aperçois que nous en sommes
encore à la première page du rapport.
M. GRÉGOIRE: J’invoque la question de privilège. Les règlements du
National-Canadien sont rédigés en anglais?
M. GORDON: Je ne parle pas des règlements généraux à l’intention des
employés. Nous publions nos règlements généraux en anglais et en français.
Nous en avons des pages et des pages. Je parle des règlements pour le fonctionne-
ment des trains, les règles de la circulation qui embrassent le mouvement des
trains, les règles de la circulation relatives au mouvement des trains. Il ne
s’agit que d’une partie très minime.
Il y a un livre autorisé des règlements d’exploitation qui est le même pour
toutes les compagnies de chemin de fer du Canada et du continent nord-
américain; c’est le même que celui des Etats-Unis et il est accepté par toutes
les compagnies de chemin de fer. Ainsi telle expression signifie la même chose
pour toutes les compagnies ferroviaires. Ces règlements sont des ordonnances
relatives à la circulation.
Les autres règlements sont des renseignements à l’intention de notre person-
nel et tout ce que nous publions, comme nos bulletins de la direction a l’intention
du personnel, est rédigé an français et en anglais. J’ai une longue liste de tout
ce que nous faison à cet égard.
M. GRÉGOIRE: Je croyais que nous parlions des règlements de la Compagnie
du National-Canadien et que ce serait là la raison pour laquelle les Canadiens
français ne sont pas plus nombreux dans la direction.
M. GORDON: Non, il s’agit d’une chose tout à fait différente.
M. FISHER: Nous avons exprimé l’opinion ici, d’une facon passablement
ferme, que la présence de Canadiens français dans des postes exécutifs du
69
CHEMINS DE FER, LIGNES AÉRIENNES ET MARINE MARCHANDE
National-Canadien offrirait bien des avantages. Si j’ai bien compris votre
réponse, vous essayez toujours de pratiquer aucun traitement de faveur pour
ou contre une personne, mais vous fondez vos nominations sur le mérite et
l’habileté.
M. GORDON: C’est exact.
M. FISHER: En prenant pour acquis que cette attitude est juste et que vous
le poursuivez, vous cherchez toujours à attirer à la direction des Canadiens de
langue française.
M. GORDON: Nous cherchons à en trouver et nous serions heureux de les
accepter.
M. RIDEOUT: J’espère que, lorsque M. Gordon choisit les personnes qui
sortent des universités pour les élever plus tard à de haute fonctions, il
n’oubliera pas l’Université St. Joseph.
M. GORDON: Il n’y a rien à faire.
M. CHEVRIER: Puis-je revenir au rapport maintenant?
LE PRÉSIDENT: Nous avons discute le poste de 27 millions. S’il y a autre
chose à dire à ce sujet, commencons par là.
— La discussion au sujet de l’embauche des employés “de langue française” se termine ici. —
– 30 –








