La Presse, 6 DEC 1962 *
Source: “300 étudiants de l’Université d’Ottawa brûlent Donald Gordon: 10 arrestations”, par Jean Charpentier, La Presse, 6 décembre 1962, Cahier No 2 / Pages 19-36. Emphasis added.

300 étudiants de l’Université d’Ottawa brûlent Donald Gordon: 10 arrestations”, par Jean Charpentier, La Presse, 6 décembre 1962, Cahier No 2 / Pages 19-36
JAMAIS DEUX SANS TROIS, M. GORDON — Après ceux de Montréal et de Québec, c’était hier au tour des étudiants francophones d’Ottawa de brûler M. Donald Gordon en effigie. On aperçoit ici les étudiants radieux entourant un M. Gordon « de paille » carbonisé.
300 étudiants de l’Université d’Ottawa brûlent Donald Gordon: 10 arrestations
Par Jean CHARPENTIER
OTTAWA. — Après Montréal, Québec et Sherbrooke, Ottawa a eu hier sa manifestation anti-Gordon. Mais l’intolérance des forces de l’ordre faillit la faire dégénérer en bataille rangée.
Sous prétexte d’une profanation du monument aux morts, des effectifs combinés de la police municipale et de la Gendarmerie royale, appuyés par un camion-pompe du service des incendies, tentèrent vainement d’empêcher quelque 300 étudiants de l’Université d’Ottawa de brûler en effigie M. Gordon.
Bilan des opérations : un évanouissement, quelques ecchymoses, 10 arrestations dont trois inculpations.
La société Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa, les étudiants et quelques journalistes présents ayant porté plainte à l’hôtel de ville, le commissaire Lloyd Francis, maire suppléant en l’absence de Mlle Whitton, a annoncé qu’une enquête sera instituée sur le comportement des policiers.
C’est aux environs de midi que les manifestants, brandissant des pancartes et criant “Gordon au poteau” débouchèrent sur la place de la Confédération. Une dizaine d’agents motorisés étaient au rendez-vous. Mais en dépit d’un prompt renfort de la Gendarmerie royale, ils furent incapables de repousser les étudiants.
Quant aux pompiers, ils ne purent intervenir â temps pour empêcher que l’on mette le feu à l’effigie de M. Gordon, à cause de la circulation très dense qui, â cette heure de la journée, paralyse la place de la Confédération que pour cette raison les gens du crû appellent la place de la Confusion.
Policiers et étudiants en vinrent aux coups lorsque ces derniers eurent refusé de répondre aux questions des premiers à moins qu’elles ne fussent formulées en français.
C’est alors que les agents en appréhendèrent une dizaine qu’ils menèrent au poste. Sept furent relâchés par la suite et les trois autres doivent comparaître aujourd’hui en cour municipale d’Ottawa sous l’accusation d’avoir troublé le bon ordre.
Les policiers ont déclaré que prévenus â l’avance du projet des étudiants, ils les avaient avertis que toute manifestation est interdite devant monument aux morts.
Leur effigie brûlée, les manifestants marchèrent suite jusqu’au parlement où une délégation de députés canadiens-français des quatre partis les accueillit et leur offrit de verser les cautionnements de leurs camarades incarcérés. Mais ce furent les parents qui s’en chargèrent.
De leur côté, le premier ministre et le ministre des Transports rencontraient trois porte-parole des étudiants à qui ils promirent d’informer M. Gordon de leurs vues.
Dans leur mémoire au gouvernement, les manifestants réclament la nomination immédiate de 9 Canadiens français au bureau de direction du Canadien National, lequel se compose présentement de 28 anglophones.
Ils réclament également le congédiement de M. Gordon a qui ils reprochent d’avoir tenu des propos injurieux à l’endroit des (Canadiens français).




