La Presse, 12 DEC 1962 *
Source: “M. Gordon en faveur d’une enquête royale sur toute la question des deux cultures au Canada”, La Presse, Montréal, mercredi le 12 décembre 1962, Pages 1 et 2. Nos “soulignées”.
D R A F T


La manifestation anti-Gordon a failli tourner a la violence, hier quand des étudiants de l’Université de Montréal ont tenté de briser le cordon de policiers à l’entrée du Reine-Elizabeth. Grâce aux organisateurs de la manifestation qui recommandaient l’ordre, les manifestants ont fini par se disperser. Photo J.-Y. Létourneau, LA PRESSE
M. Gordon en faveur d’une enquête royale sur
toute la question des deux cultures au Canada
Non seulement au CN mais
aussi dans le fonctionnarisme
et les grandes entreprises
“Ayant dû m’absenter pour un voyage aux Etats-Unis, j’ai pris connaissance, à mon retour, avec quelque retard, des commentaires publiés la semaine dernière dans les journaux canadiens. J’ai été très affecté du fait qu’en dépit de mes dénégations et des assurances que j’ai données, une xxxxxxx tie de l’opinion publique continue de croire que le CN pratique un xxxxxx ostracisme à l’endroit des Canadiens français, en matière de nominations et de promotions.”
L’homme qui prononcé ces paroles, c’est M. Donald Gordon, président des Chemins de fer nationaux, pendu en effigie dans plusieurs villes par les étudiants, le personnage le plus discuté du Canada depuis son dernier témoignage devant un comité de la Chambre des Communes.
M. Gordon avait gardé jusqu’ici, sous la tempête, le plus complet silence. LA PRESSE s’est demandé s’il avait quelque chose à dire. Un coup de fil a révélé que oui. C’est pourquoi nous nous retrouvons devant ce grand gaillard vieillissant mais vigoureux, dont les yeux clignotent derrière d’épaisses lunettes, qui s’exprime avec beaucoup de précision.
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LA PRESSE :
Parmi tous ces commentaires, lequel vous a frappé davantage ?
M. GORDON :
Les remarques de M. Jean Marchand, président de la Confédération des Syndicats nationaux. Il affirme que “la discrimination existe, non pas au moment où se fait la nomination, mais au moment où l’on commence à entraîner les hommes en vue des postes supérieurs”. Voilà une critique que j’aimerais étudier, de concert avec M. Marchand, pour bien établir les faits.
LA PRESSE :
Cette critique est-elle rieuse, à votre avis ?

M. Donald GORDON
M. GORDON :
Il saute aux yeux de tout le monde que je ne peux pas avoir une connaissance personnelle de toutes les circonstances relatives à chaque nomination, chaque mutation et chaque promotion, dans une société qui compte plus de cent mille personnes à son emploi. Tout ce que je puis dire, c’est que la politique de la direction en cette matière veut que les promotions soient accordées, dans la mesure du possible, à des hommes déjà au service du CN et qu’on choisisse les mieux qualifiés. Cependant, M. Marchand semble croire que ce système est défectueux et qu’il entraîne des pratiques discriminatoires dont je n’ai pas connaissance. Si tel est le cas, c’est mon devoir de mettre à jour ces pratiques. Je serais heureux d’en discuter personnellement avec M. Marchand, un dirigeant syndical qui a le sens des responsabilités et dont je respecte l’opinion. S’il est possible d’améliorer le système auquel M. Marchand fait allusion, de manière à garantir un traitement plus honnête et plus équitable, je serai le premier à recommander les modifications nécessaires.
LA PRESSE :
Est-ce à dire, M. Gordon, que vous préférez une enquête privée, de façon à éviter l’enquête publique
Voir GORDON en page 2




