3. Le Devoir, 12 DEC 1962 *
Source: Le Devoir, mercredi, le 12 décembre 1962, la manchette.

Mille étudiants manifestent bruyamment contre M. Gordon, Le Devoir, 12 décembre 1962, la manchette

M. Gordon a reçu Bernard Landry, président de l’ACEUM, et Pierre Marois, directeur du comité d’éducation des étudiants. (Photo Le Devoir)

Les étudiants produisent l’effigie de l’homme que l’on sait. (Photo Le Devoir)

Les forces de l’ordre montent la garde devant le Reine Elizabeth. (Photo Le Devoir)
Mille étudiants manifestent bruyamment contre M. Gordon
Plus de mille étudiants de l’université de Montréal et d’institutions d’enseignement secondaire ont manifesté pendant trois heures hier après-midi, devant l’hôtel Reine-Elisabeth, en guise de protestation contre les propos tenus depuis quelque temps par M. Donald Gordon, président des Chemins de fer nationaux du Canada.
Cette manifestation, la plus considérable depuis le début de l'”affaire Gordon”, a failli dégénérer en émeute a un moment donné, alors que les étudiants ont tenté de percer le cordon de quelque quarante policiers massés devant l’entrée principale du Reine Elisabeth.
La circulation, toujours dense à cette heure de la journée sur le vaste boulevard Dorchester, a été complètement interrompue de 3h30 à 6h30, alors que la foule des étudiants criait, chantait, brandissait des centaines de pancartes, la plupart invitant les Québécois à la séparation politique.
A un moment, la foule comprenait quelque trois mille personnes, alors que des séparatistes et des collets blancs travaillant dans les environs sont venus se masser sur l’extremité sud de la Place Ville Marie, les uns en simples spectateurs, les autres se joignant aux étudiants.
Gordon Brûlé
Dès le début de la manifestation, les étudiants ont descendu un drapeau Union Jack qui flottait à l’un des trois mâts de la Place Ville Marie et l’ont remplacé par l’effigie de Donald Gordon, composée d’un trône et de membres bourrés, surmontés d’une tête … de porc.
Voir page 2: Mille étudiants
(Suite de la première page)
Après avoir été ballottée pendant quelque temps en haut de mât, l’effigie a été descendue, puis on y a mis le feu avant de la hisser au mât, où elle s’est consumée, aux applaudissements et aux cris des étudiants et des curieux.
Une fois l’effigie de Gordon brûlée, la foule s’est précipitée vers l’entrée principale de l’hôtel Reine-Elisabeth. Les policiers, avec l’aide précieuse des “gendarmes” de l’Association générale des étudiants de l’université de Montréal, ont réussi à retenir la foule qui est venue à deux doigts de déclencher une émeute, quelques policiers ayant pris l’initiative de “disperser” les manifestants.
Ceux-ci ont lancé toute sorte d’objets en direction des agents de la paix, notamment des oeufs, des caoutchoucs, des boules de neige et les hampes des pancartes.
Il n’y a eu que quelques blessure[s] légères et on signale que la police a arrêté une douzaine de personnes.
Les manifestants n’ont causé que des dommages infimes à l’hôtel, brisant un carreau du deuxième étage de l’immeuble. Les policiers ont repoussé graduellement la foule vers l’est de la rue Dorchester et les gardes de l’ACEUM ont finalement convaincu les étudiants de réintégrer les autobus qui les avaient amenés sur les lieux, après avoir essayé de le faire pendant une vingtaine de minutes.
Dans l’ensemble, les étudiants ont manifesté bruyamment, mais joyeusement; la présence de certains éléments extrêmistes au sein du groupe a cependant failli produire une émeute à un moment. D’un regard inquiet, des milliers de personnes ont suivi le déroulement de la manifestation des fenêtres innombrables de l’hôtel Reine Elizabeth, de l’immeuble cruciforme de la Place Ville Marie et des autres bâtiments gigantesques du quartier.
Gordon a reçu les étudiants
M. Donald Gordon a eu un entretien qui a duré une heure et dix minutes hier, avec les membres de l’exécutif de l’Association générale des étudiants de l’université de Montréal, au siège social du Canadian National, pendant que de 1,000 à 3,000 personnes manifestaient à un coin de rue plus loin devant l’hôtel Reine Elisabeth.
A l’issue de l’entretien, au cours duquel les étudiants n’ont pas prononcé un mot d’anglais et où M. Gordon a dû avoir recours aux bons offices d’un interprète, le président du CN a donné une courte conférence de presse conjointement avec le président de l’AGEUM, M. Bernard Landry.
M. Gordon a déclaré que l’entretien avait été très fructueux. Il a fait savoir qu’il s’était employé à ex-
Voir page 2: Gordon
Gordon …
(Suite de la premiere page)
pliquer le système renové de promotions au Canadien National et a insisté sur le fait qu’il a été mal traduit, a plusieurs reprises, dans les journaux.
Le président des étudiants a déclaré de son côté que la discussion qu’il a eue avec M. Gordon laissait entrevoir la possibilité d’une meilleure représentation des Canadiens français au Canadian National, mais, a-t-il ajouté, on ne peut effacer en une heure une incompréhension vieille de deux siècles.
Il a declaré ensuite, dans une entrevue, que M. Gordon est convaincu que la Reine demeure le principe de nos droits, de notre unité et de notre liberté.





